Politique
NOTE "ARTISANAT"
Contribution pour le Congrès Extraordinaire de l´UDF des 28 et 29 janvier 2006
La motion d´orientation politique de François Bayrou pose clairement la question du renouveau pour notre pays et des conditions de sa mise en œuvre. Dans ce cadre, il s´agira de proposer, notamment, une nouvelle donne économique et sociale et de décider, enfin, de la reconnaissance active des petites et moyennes entreprises.
Ainsi, cette orientation, complétée par la redéfinition d´un système de valeurs plus en phase avec notre société, peut et doit nous permettre de réfléchir à une meilleure prise en compte de l´artisanat dans l´action politique proposée et ainsi, de l´inscrire dans les orientations.
En effet, l´artisanat est, depuis quelques années, mieux pris en considération et son image dans la société française évolue dans un sens plutôt favorable. Les délocalisations, les licenciements massifs des grandes entreprises modifient, jour après jour, les perceptions de nos concitoyens à l´avantage des petites entreprises où la valeur humaine est centrale et bien ancrée dans l´organisation.
Toutefois, cette évolution certes lente, ne trouve pas ou peu d´écho dans la classe politique qui ne semble pas appréhender l´ensemble des enjeux liés à ce secteur socio-économique porteur d´avenir, notamment pour ce qui concerne l´emploi. L´une des raisons de ce peu d´intérêt réside sans doute dans la richesse mais aussi la complexité de l´artisanat, de ses métiers, de ses formations, de ses entreprises, de ses méthodes et organisation du travail, ce qui ne favorise pas, nécessairement, la bonne connaissance d´un tel secteur ni de ses ressources.
Ainsi, à ma connaissance, les formations politiques et leurs leaders n´ont pas ou très peu de discours ni de doctrine et programmes pour l´artisanat dont l´importance tant en France qu´en Europe n´est aujourd´hui plus remise en cause.
En effet, dans l´Union Européenne, les petites et moyennes entreprises et l´artisanat représentent 23 millions de petites entreprises (98% du total) et emploient plus de 80 millions de personnes, pour un chiffre d´affaires de 17 000 milliards d´euros.
En France, l´artisanat compte, dans sa globalité, 880 000 entreprises qui se répartissent en quatre grands secteurs, ceux de l´alimentation, du bâtiment, des services et de la fabrication. Ces entreprises produisent un chiffre d´affaires de 175 milliards d´euros (11,5% du PIB).
S´agissant de l´emploi, plus d´un français sur dix travaille aujourd´hui dans une entreprise artisanale. Outre les artisans, chefs d´entreprise, l´effectif de leurs collaborateurs salariés compte 2 millions de personnes (dont un tiers de femmes), soit plus de cinq fois celui de la construction automobile. Au total, la population artisanale rassemble près de 3 millions d´actifs, dont 175 000 apprentis. A titre de comparaison, la population active agricole est de l´ordre de 1,2 millions.
Les 250 métiers de l´artisanat, certes différents, possèdent aussi des caractéristiques communes, ce qui est utile à rappeler. Ce sont toutes des entreprises de proximité dont les responsables ont une relation directe avec leurs clients : particuliers, entreprises, leurs collaborateurs, administrations... Leur développement repose essentiellement sur la maîtrise et la transmission d´un métier et d´un savoir-faire. Enfin, l´entreprise artisanale joue souvent un rôle de lien social essentiel dans le village (milieu rural) ou le quartier (milieu urbain).
Pour de nombreux chefs d´entreprise, qui ont commencé leur vie professionnelle comme apprentis, l´artisanat est synonyme de promotion sociale. De même, pour beaucoup de femmes et d´hommes issus de l´immigration, depuis le début du 20ème siècle, l´artisanat a été et reste l´une des clés de l´intégration, le moyen de faire reconnaître leur valeur et leur savoir-faire. Enfin, pour un certain nombre de communes rurales, il est de très loin la principale source de richesse et de dynamisme, ou bien tout simplement de vie.
Pourtant, si l´artisanat se présente comme un gage d´équilibre pour la société, un acteur majeur pour l´embauche, la croissance et la compétitivité, il n´en demeure pas moins confronté à des difficultés structurelles à même d´hypothéquer son avenir.
Première problématique, celle de la valorisation des métiers. Le manque de main d´œuvre qualifiée constitue une réelle menace pour certains secteurs, comme le bâtiment ou l´alimentation. Pénibilité du travail, rémunération insuffisante, faible engouement des jeunes et de leur famille pour l´apprentissage, le système de l´éducation nationale, constituent autant de freins au recrutement dans les entreprises artisanales.
Deuxième problématique, celle du départ en retraite massif de près de 500 000 artisans dans les quinze prochaines années. Cette réalité doit être prise en compte avec la plus grande des volontés. En effet, il faudra non seulement remplacer ces futurs-immédiats retraités, mais aussi et surtout à organiser le commerce et l´artisanat pour ces populations de seniors, à espérance de vie de plus en plus longue et qui rechercheront tout ce qui a trait à la proximité et au service. Ainsi, ce secteur s´inscrit dans une perspective d´emplois à long terme qu´il conviendra d´organiser et de satisfaire.
C´est pourquoi, dans le cadre de la préparation des futures échéances, il serait souhaitable, pour l´UDF, de disposer d´une véritable politique économique et sociale pour l´artisanat, avec une doctrine, un programme et un message fort à destination de ces trois millions d´actifs mais aussi de leur environnement familial.
Comme indiqué plus haut, les atouts de l´artisanat ne manquent pas. Il faut par contre en faire une idée neuve, avec un message à la fois fort et simple, capable d´être en phase avec les attentes de la société et de répondre aux exigences de compétitivité et de performance économique. Compte tenu de sa personnalité, de son caractère et de sa ligne politique, François Bayrou peut être celui qui incarne une politique pour l´artisanat et qui l´accompagne pour son développement.
RENDEZ-VOUS avec l´HISTOIRE
Article paru, début mai 2005 dans la Revue Europe/Orient éditée par l´Institut Tchobanian
Pour enfin permettre l´adaptation des institutions aux données politiques, actuelles et futures et pour donner une nouvelle impulsion démocratique et citoyenne au projet politique européen, un nouveau rendez-vous avec l´Histoire est fixé à tous nos concitoyens.
De quoi s´agit-il ? D´affirmer, comme chacun peut le comprendre, que l´Europe des 25 doit disposer de règles communément partagées, et cela dans le respect des valeurs qui nous rassemblent . L´arrivée, depuis le 1er mai 2004 de dix nouveaux pays, et le modus operandi passé de l´Union nécessitent des modifications institutionnelles importantes. Cela d´autant plus que la grande majorité de ces nouveaux membres sortent de plusieurs décennies de communisme et ont besoin que nous puissions les intégrer et aussi les accompagner sur le chemin du progrès démocratique, tant politique que social et économique.
De la même façon, il faut bien admettre que ces dernières années, l´Europe politique n´a pas toujours fonctionné aussi correctement que nous l´aurions souhaité, puisque la Commission a pu parfois se retrouver en deçà des aspirations des peuples d´Europe,, ou bien les chefs d´Etats et de gouvernements ont pu prendre des décisions, comme par exemple pour l´ouverture des négociations avec la Turquie, en totale opposition avec ce que demandaient les citoyens européens.
Nous avons pu observer cette insuffisance de démocratie, justement parce qu´il n´y avait pas de Constitution posant le cadre institutionnel et démocratique d´une Europe qui doit nécessairement évoluer d´un espace surtout économique vers une entité en devenir politique.
En effet, jusqu´à une date encore trop récente, seuls les sommets ont décidé pour tous les européens, les traités se sont succédés aux traités, mais à aucun moment, un cadre global n´a été envisagé ni même pensé. C´est pourquoi, devant cette situation, François Bayrou, dès 1999, alors député européen , a été parmi les tout premiers responsables politiques, avec Valery Giscard d´Estaing, pour amener l´Europe à structurer son cadre institutionnel en exigeant la réflexion sur une Constitution.
Depuis, chacun le sait, le projet de constitution a été élaboré par les gouvernements, mais aussi par des parlementaires de tous les pays membres, et de toutes tendances politiques confondues. Ainsi, ce texte, même si d´aucuns pourraient le considérer comme imparfait, - y a-t-il des textes parfaits ? - il n´est pas non plus, l´oeuvre de quelques juristes ou d´une poignée de politiques qui auraient souhaité aller dans un sens ou bien dans l´autre.
Tout au contraire, il résulte du compromis démocratiquement organisé d´un meilleur vouloir vivre ensemble. Il suffirait pour cela, d´avoir à l´esprit la composition des membres de la Convention présidée par M.Giscard d´Estaing et la liste des nombreuses organisations, y compris arménienne (Fédération Euro-Arménienne pour la Justice et la Démocratie) qui ont été auditionnées dans ce cadre.
Ce rendez-vous avec l´Histoire d´une Europe en confirmation nous est fixé aussi et surtout pour pérenniser l´idée européenne, conséquence de la Seconde Guerre Mondiale, de ses horreurs, de la Shoah, et pour essayer de conserver un continent pacifié et fort, avec les maître-mots d´union, de paix et de partage de valeurs.
Personne ne peut rester insensible devant une telle démarche politique, qui est toujours en devenir, et surtout pas les Arméniens qui ont eu tant à souffrir de la désunion des puissances européennes, de la guerre et qui ont subi un génocide –deux tiers de la population exterminés- et perdu une grande partie de leurs territoires.
C´est pourquoi, aujourd´hui plus que jamais, ce qui reste doit être protégé, renforcé, développé et la vérité doit reprendre ses droits.
Alors, il est évident qu´il nous faut accompagner la construction européenne à une étape aussi cruciale que celle-ci et, par conséquent, promouvoir les valeurs dont nous sommes porteurs, sans doute plus que d´autres.
Il s´agit pour nous tous de fédérer, de rassembler et d´organiser l´Europe politique afin de disposer d´outils et de méthodes institutionnels, de nous renforcer mutuellement et d´anticiper tout dérapage incontrôlé, ou tout au moins, anti-démocratique. C´est justement à cela que sert une Constitution.
Le caractère fondateur de ce rendez-vous avec l´Histoire vient aussi du fait que la Constitution Européenne revêt un cadre davantage démocratique parce qu´elle comprend notamment la Charte des Droits Fondamentaux, le droit d´initiative citoyenne, le renforcement des pouvoirs du Parlement Européen et l´instauration d´un contrôle par les parlements nationaux.
Il est aisé de se rappeler que le traité de Nice, actuellement en vigueur, considère la Charte des droits fondamentaux comme une simple déclaration d´intentions, et c´est le nouveau texte qui l´intègre en totalité et donne à cette charte valeur et portée constitutionnelles. Les droits européens des citoyens s´imposeront désormais à tous les Etats membres ; s´agissant de la dignité, des droits civils et politiques mais aussi des droits sociaux, comme par exemple des conditions de travail justes et équitables, de la protection de la santé, de l´intégration des personnes handicapées et des droits tels que la bioéthique, donneront à la citoyenneté européenne un véritable sens.
De la même façon, pour la première fois, la Constitution confère des droits propres aux citoyens européens, même inconnus dans la démocratie française. C´est par exemple le cas du droit d´initiative citoyenne qui permet à un million d´européens, (moins de 0,3% de la population actuelle), issus de tout ou partie des 25 pays membres, d´imposer l´examen d´une loi européenne sans même forcément passer par leurs parlementaires.
Ainsi, de manière transversale, des citoyens ayant les mêmes aspirations et les mêmes volontés, pourront soumettre un texte de loi au parlement et faire en sorte que leurs préoccupations soient mieux prises en compte.
Le Parlement Européen sort aussi renforcé dans ses prérogatives et missions. Les députés, qui rappelons-le, sont les représentants des peuples d´Europe, éliront le président de la Commission, et avec le Conseil, ils voteront, des lois et la totalité du budget européen et enfin, ils seront confortés dans leur rôle de contrôle de la Commission.
La Constitution prévoit également que « l´Union respecte l´identité nationale des Etats membres inhérente à leurs structures fondamentales, politiques et constitutionnelles ».
Cette force donnée aux Etats permet à leurs Parlements de mieux contrôler l´activité de l´Union. Pour ce qui nous concerne, la Commission Européenne devra ainsi soumettre au préalable, à l´Assemblée Nationale et au Sénat toute initiative législative de niveau européen. Cela est aussi à souligner.
Ces avancées démocratiques majeures doivent nous permettre d´aborder l´examen d´un tel texte par cet angle d´ouverture sur le monde, sur les voisins avec lesquels nous avons tant de choses en commun et non pas, par la voie nécessairement réduite du contexte politique national. Les enjeux, comme les combats à mener ne sont pas les mêmes.
L´évolution du monde et de nos sociétés a pour conséquence, pour tous, de rechercher l´harmonie, de mieux vivre ensemble et certainement pas les uns à côté des autres. Cela passe aussi, nécessairement, par une meilleure appropriation des valeurs européennes qui sont celles, universelles, dont tout démocrate est porteur.
Bien évidemment, personne ne veut ignorer les problèmes dans notre pays, car il y en a. Mais le texte européen devrait-il souffrir du seul contexte français pour lequel nos concitoyens pourront s´exprimer à d´autres moments, en tout cas, dès les prochaines échéances électorales, en 2007 ?
Il s´agit, ici et maintenant, d´un autre rendez-vous, suffisamment important ; il nous faut par conséquent prendre toute la hauteur politique nécessaire et ne pas entrer dans des débats sans fin, mais aussi d´un autre temps.
Cela ne veut bien évidemment pas dire qu´il faut oublier les difficultés de la vie, ni la colère de nos concitoyens de ne pas avoir été entendus sur la candidature de la Turquie à l´Union Européenne, ni enfin l´incertitude que nous avons du lendemain et de la manière dont les responsables politiques, actuellement aux commandes du pays, hier comme aujourd´hui, envisagent l´avenir et même le présent.
La perte de confiance dans les discours non suivis d´actes concrets pourrait mettre certains d´entre nous dans une position où l´interrogation pour « donner une leçon à tous ces politiques qui ne nous écoutent pas » pourrait subsister. Certes ! Mais est-ce que cela changerait quelque chose, à part une crise profonde au niveau européen et la certitude d´avoir été le frein de l´Europe après en avoir été le moteur ?
Là encore, il semble indispensable de faire la part des choses entre ce qui nous interroge et ce qui constitue le dessin politique le plus important auquel nous devons participer. Nous avons collectivement cette responsabilité, parce que la décision nous appartient, nous en sommes les acteurs et cela nous donne une responsabilité citoyenne.
Ces outils dont nous allons doter l´Europe, ainsi que les avancées démocratiques, permettront sans aucun doute d´éviter, et c´est important, une inflation d´élargissement et la perspective d´une Turquie, en tous cas, celle d´aujourd´hui, qui serait membre de l´Union Européenne, dans dix ou quinze ans.
En effet, la Constitution prévoit qu´un seul Etat membre peut bloquer une adhésion et ce à deux moments : ouverture des négociations ou bien leur conclusion.
Pour ce qui concerne l´ouverture, les peuples d´Europe et leurs Parlements -y compris et surtout en France- n´ont pu s´exprimer puisqu´il n´y avait pas de Constitution. Chacun a en mémoire les débats qui n´ont pu se traduire par des actes politiques.
Les chefs d´Etats et de gouvernements qui composent le Conseil ont décidé, seuls, le 17 décembre 2004, d´ouvrir les négociations avec la Turquie, à compter du mois d´octobre 2005.
Depuis, les choses ont heureusement évolué et la France s´est dotée par le vote du Congrès du 28 février 2005, de la capacité de faire appel au peuple pour qu´il puisse s´exprimer conformément au cadre de la Constitution Européenne. Cela constitue aussi et surtout une avancée politique majeure.
Les négociations avec Ankara seront longues et difficiles, tout le monde en est conscient. Les autorités, l´armée, mais aussi la quasi-totalité du peuple turc, devront entreprendre d´énormes changements et se mettre aux normes européennes pour notamment respecter les valeurs de l´Union : les droits de l´homme, les libertés individuelles et collectives et accepter que puissent exister le pluralisme, la tolérance, la justice, la solidarité et la non-discrimination ; Chypre, membre de l´Union Européenne, illégalement occupée par la Turquie devra être évacuée, les kurdes, comme les autres minorités devront jouir de tous leurs droits ; la torture devra être abolie, le Premier Ministre Turc ne devra plus être autorisé à affirmer que « la torture n´est pas systématique » ; enfin et surtout, les femmes devront avoir les mêmes droits que les hommes y compris celui de manifester, sans parler des crimes d´honneur ou des brimades dont elles sont encore victimes.
C´est aussi dans ce cadre que se placera la nécessaire reconnaissance par la Turquie du génocide arménien de 1915 et de ses conséquences désastreuses. Enfin, le maintien, le développement et la sécurité de l´Arménie et du Haut-Karabakh devront faire partie intégrante du processus.
Comme on peut le comprendre, si nos dirigeants n´ont pas écouté, à tort, leurs concitoyens pour l´ouverture des négociations, ils se sont heureusement ravisés, cédant en cela aux pressions des parlementaires et des formations politiques pour poser la question au moment de la conclusion des négociations. Il faut donc prendre acte de cette donne et faire en sorte qu´une Constitution Européenne, comme celle-ci, nous permette d´agir, en toute connaissance de cause et au moment opportun.
Avec ce rendez-vous européen, il est question d´agir pour notre avenir, celui de tous nos concitoyens et pour une Europe politique forte, capable d´exister, de porter nos voix et aspirations et non pas de réagir au présent et à notre contexte immédiat. Ce rendez-vous avec l´Histoire a donc besoin de nous tous pour réussir.
Alexis Govciyan
A quelques jours du sommet européen du 17 décembre 2004, le Premier Secrétaire de l´Ambassade de Turquie en France, parle du « soi-disant génocide arménien » et confirme la position turque sur l´occupation de la République de Chypre.
Une conférence-débat a été organisée par la section locale de l´UDF, le 7 décembre, à Suresnes (92) sur le thème de « Turquie et Union Européenne » avec la participation de M. Alexandre Del Valle, chercheur en géopolitique, M. Can Incesu, Premier Secrétaire chargé des Affaires Européennes à l´Ambassade de Turquie en France, M. Denis Badré, Sénateur UDF des Hauts de Seine et M.Bernard Lehideux, Député Européen, Président du Groupe UDF au Conseil Régional Ile de France. Plusieurs élus, et notamment le Conseiller Général des Hauts de Seine, M.Denis Larghero, étaient également présents. Environ 200 personnes ont assisté à cette conférence qui a permis de mieux comprendre les positions de l´Etat Turc sur un certain nombre de questions de fond préalables définis par le Parlement Européen et notamment pour ce qui concerne la reconnaissance du génocide arménien de 1915, ou bien l´évacuation de Chypre. De manière plus générale, les questions de la laïcité et de l´islamisme, des limites géographiques, de l´économie, mais aussi et surtout des droits de l´homme, s´agissant des minorités, de la torture ou bien de la situation des femmes (crimes d´honneur) ont également été mises en exergue. Sur toutes ces questions développées par M. Alexandre Del Valle mais aussi par les parlementaires présents, Monsieur Incesu a essayé d´apporter des réponses , pour la plupart totalement insatisfaisantes, restant en tout cas, dans la droite ligne des positions officielles des autorités de son pays. Dans ce cadre, il a notamment parlé du « soi-disant génocide arménien » dès la fin de son exposé liminaire pour bien préciser, sans doute, la position turque sur cette question. M.Denis Badré a rappelé que l´Europe avait pu se construire parce que la France et l´Allemagne avaient reconnu leur passé et qu´il s´était personnellement impliqué dans le processus engagé au Sénat. M. Bernard Lehideux a aussi rappelé la position de toute l´UDF, depuis fort longtemps, en faveur de la reconnaissance de ce génocide et précisé que rien ne pouvait s´envisager si cette question de fond n´était pas réglée. Il a informé qu´au niveau du Parlement Européen, les députés UDF et leurs amis se prononcent -comme ils le feront dans quelques jours- sur le fait que cela constitue un préalable à toute négociation. M. Alexis Govciyan, ancien Président du Comité du 24 Avril qui avait œuvré, dans un cadre unitaire pour la reconnaissance par la France du génocide arménien de 1915 (loi promulguée par le Président de la République Française, le 29janvier 2001), a également dû intervenir pour informer l´assistance que cette position négationniste était malheureusement, celle de tout l´Etat Turc et qu´au nom des valeurs et principes de la République, les propos de Monsieur Incesu devaient relever du domaine judiciaire, devant les tribunaux, même s´il était protégé, pour l´instant, par l´immunité diplomatique. De la même façon, la question de Chypre est restée sans réponse nouvelle, dans la mesure où Monsieur Incesu a confirmé le fait que la Turquie ne reconnaît pas la République de Chypre bien qu´elle soit membre de l´Union Européenne. Ainsi, dans ce contexte, rien ne semble s´envisager avant le 17 décembre, alors qu´il s´agit de l´une des divergences de fond de l´Union Européenne avec la Turquie. Par contre, le Premier Secrétaire d´Ambassade n´a pas répondu du tout à l´une des questions posées par Monsieur Govciyan qui rappelait le non-respect, par la Turquie, des valeurs européennes et notamment la liberté de circulation des hommes et des marchandises, puisque le seul mur en Europe, alors que celui de Berlin est tombé depuis 1989, se trouve à Nicosie et que par ailleurs, un blocus est exercé sur l´Arménie. En effet, depuis 1992, la frontière entre les deux pays est fermée sur décision unilatérale de la Turquie et qu´il n´y a pas de relations diplomatiques. Vers la fin des débats, Monsieur Incesu a une nouvelle fois refusé d´employer le qualificatif de génocide. Il a, en effet, parlé de la " question arménienne " et souhaité qu´une commission d´historiens puisse se pencher sur ce dossier. Lorsqu´Alexis Govciyan a précisé que c´était ce que demandaient, encore aujourd´hui les tenants du révisionnisme pour la Shoah et que la Turquie se plaçait dans cette même logique négationniste s´agissant du génocide arménien, le Premier Secrétaire s´est étonné " qu´en France, pourtant pays démocratique, l´on ne puisse remettre en question la réalité de ce génocide ". Monsieur Lehideux a, là aussi, rappelé que sur certains principes fondamentaux touchant à la dignité humaine, il ne saurait être question de tergiverser ou bien d´essayer de trouver des échappatoires. En France, et parce que c´est un pays qui a des valeurs, lorsqu´il s´agit de la négation du génocide arménien ou de la Shoah, les positions sont claires. Il ne peut y avoir de remise en question, ni de débat, car il s´agit de la réalité historique, a-t-il dit en substance. Il a aussi indiqué que tous ceux qui s´y essayeraient, se trouveraient sur le bord de tout chemin, y compris des différents processus jusqu´alors engagés.
Pourquoi être candidat aux élections européennes ?
J´étais candidat, en troisième position, sur la liste de l´UDF pour la grande région Sud Est (Rhône Alpes, Provence Alpes Côte d´Azur et Corse). Ainsi, pour la première fois, la candidature d´un Français d´origine arménienne a été prise en compte pour ce type d´élection et cela mérite me semble-t-il quelques commentaires.
Comme chacun le sait, les parlementaires UDF ont joué un rôle majeur dans la reconnaissance par la France du génocide arménien de 1915. En effet, depuis longtemps, des personnalités comme MM. Rudy Salles, André Santini ou bien François Rochebloine n´ont ménagé aucun effort pour que nous puissions obtenir justice et vérité. Naturellement, d´autres formations politiques se sont également et très fortement mobilisées mais il faut bien rappeler que c´est M. François Bayrou qui a fait en sorte que le Sénat s´empare du dossier dans de bonnes conditions et c´est à M. François Rochebloine et au groupe UDF de l´Assemblée Nationale que les Arméniens doivent le vote définitif, en deuxième lecture de la loi. Sans eux, le 18 janvier 2001 n´aurait pas existé, en tous les cas, le processus aurait été sacrément retardé.
C´est dans ce contexte de travail et basé sur des liens d´amitié que je me suis placé. Pour les élections européennes de 1999, l´UDF m´avait déjà proposé d´être candidat sur sa liste mais, étant Président du Comité du 24 Avril, regroupement des organisations arméniennes de France, en pleine bataille du Sénat, j´avais estimé qu´il y avait incompatibilité entre les deux fonctions. J´avais donc tout simplement décliné l´offre de l´UDF relayée à l´époque par M. André Santini, ancien ministre, député-maire d´Issy les Moulineaux.
Cette fois-ci, nous avons parlé des élections avec M.Rudy Salles, vice-président de l´Assemblée Nationale, député des Alpes-Maritimes, et j´ai estimé que le moment était venu pour moi, de m´engager dans la mesure où les échéances qui nous attendent sont toutes au niveau européen et il nous faut y porter une voix engagée. Les valeurs d´humanisme véhiculées par cette formation politique, les femmes et les hommes qui la composent, la personnalité de Thierry Cornillet, tête de liste m´ont permis de déterminer ce choix et de considérer que cette candidature n´était pas contre les autres formations politiques parmi lesquelles je compte beaucoup d´amis mais plutôt pour le maintien, la sauvegarde et le développement des idées de justice et de vérité que je défends.
Dans ce cadre, la question de l´examen de la candidature de la Turquie a été, tout naturellement, au cœur de ma campagne car il faut rappeler sans cesse que sans la reconnaissance du génocide arménien de 1915, ainsi que sans la réalisation des avancées démocratiques et l´évacuation de Chypre Nord, cette Turquie-là ne pourrait avoir une quelconque prétention au sein de l´Europe, même pour un partenariat.
Dans la mesure où il s´agit, pour nous, d´une Europe des valeurs démocratiques, respectueuse de la mémoire et de l´histoire, la Turquie devra se mettre en accord avec son passé, aussi noir soit-il, pour mieux appréhender son présent et son avenir. Bien évidemment, des parlementaires de toutes origines pourraient évoquer ces questions et certains le font même, sans doute, très bien. Mais je considère que seul un Arménien peut avoir la sensibilité et la conscience nécessaires pour introduire la cause arménienne dans tous les débats concernant la Turquie. Pour nous, descendants et héritiers des victimes du génocide, c´est non seulement un devoir de mémoire, mais aussi et surtout, un devoir de mobilisation permanente car la Turquie d´aujourd´hui continue encore sa négation.
C´est tout simplement intolérable.
J´ai aussi considèré que les clivages politiques traditionnels n´ont pas la même signification pour ce type d´élections, lors desquelles il s´agit d´organiser l´avenir européen.
En effet, la politique politicienne s´efface pour laisser place à de véritables débats de fond. Quelle Europe voulons-nous ? Avec quelles valeurs ? Quelles frontières ? Autant d´enjeux qui dépassent le cadre étriqué des clivages gauche-droite tels qu´on peut éventuellement les connaître pour les scrutins classiques. C´est d´ailleurs ce qui m´a décidé à entrer en campagne car je n´ai pas besoin d´avoir une étiquette partisane, pour porter les valeurs auxquelles je crois. Les enjeux de ce scrutin étaient énormes car comme on le disait, l´objectif est de batîr une Europe dans laquelle il fasse bon vivre et que l´Arménie soit également prise en compte positivement –sécurité, développement, économie- dans tous les débats et programmes. Les valeurs que je défends sont celles relatives à l´homme et dans ce sens, la défense de l´artisanat français, européen et des petites entreprises est également très importante. Professionnellement, je suis en plein dans cette problématique et il me semble utile de développer cet aspect des choses, ce qui reste par ailleurs, cohérent par rapport à mes engagements.
Enfin, la troisième place sur une telle liste était la meilleure qu´un candidat comme moi pouvait obtenir, car la première, tête de liste revient à un député européen sortant ou bien à une grande figure, -que je ne suis pas-, et la seconde revient à une femme, parité oblige. Pour la région Sud Est, deux élus UDF sont d´ores et déjà au Parlement Européen. Le troisième devient donc ce que l´on appelle « premier entrant », pendant la mandature.


