Articles écrits par Alexis

Le CCAF avance dans l’union

Tribune parue dans Nouvelles d'Arménie Magazine n° 130 de mai 2007

Les cérémonies de commémoration du génocide arménien de 1915, partout en France, se sont déroulées dans de bonnes conditions et avec une participation importante de nos concitoyens.

Ainsi, quatre vingt douze ans après, les 1.500.000 victimes de ce génocide, toujours impuni et objet d’un véritable négationnisme d’Etat, font partie intégrante de l’actualité de chaque arménien, partout dans le monde, et leur mémoire reste intacte et pousse chacun de nous au souvenir mais aussi et surtout à la revendication.

Cette année, un hommage particulier a été rendu à Hrant Dink, journaliste arménien assassiné le 19 janvier 2007 par les nationalistes, armés par les milieux étatiques turcs et ce crime a été particulièrement dénoncé pendant toutes les cérémonies et manifestations. Dernière victime du négationnisme turc, ce militant des droits de l’homme, rédacteur en chef de Agos se battait pour la reconnaissance par la Turquie du génocide arménien et pour la nécessaire démocratie et les valeurs humanistes qui devraient un jour prévaloir dans ce pays, candidat à l’Union Européenne et si loin encore des principes les plus élémentaires qui sont constitutifs de cette Union.

Héritiers du premier génocide du 20ème siècle, les Arméniens ont également marqué leur révolte face à tous les génocides et en particulier celui qui se déroule actuellement au Darfour. Notre solidarité avec tous ceux qui se battent pour l’arrêt immédiat de ce génocide et pour une intervention des puissances internationales et notre engagement pour aller jusqu’au bout ont été réaffirmés. Chacune et chacun des responsables et membres d’organisations ont été activement présents et ont permis une bonne mobilisation de nos concitoyens et une meilleure sensibilisation contre tous ces fléaux et en particulier le négationnisme, troisième pilier du mal absolu avec le racisme et l’antisémitisme.

C’est pourquoi, fidèles à leurs engagements et conscients de la nécessité absolue de mettre leurs efforts au service de l’intérêt général, les organisations arméniennes de France renforcent leur présence et leur implication dans le CCAF qui est devenu, depuis 2001 (date de la transformation du Comité du 24 avril en un Conseil de coordination) l’interlocuteur des pouvoirs publics et le porte-parole des Français d’origine arménienne, partout en France, et s’appuie sur de véritables structures organisationnelles qui travaillent avec un véritable esprit d’union.

En effet, l’union est plus que jamais nécessaire car les enjeux auxquels doivent faire face les Arméniens de France, mais aussi plus globalement la Diaspora et la République d’Arménie, sans oublier le Haut Karabakh et le Djavakh sont immenses et aujourd’hui aucune organisation, seule, ne saurait mobiliser tous les Arméniens qui, dans leur diversité et leur richesse associative, représentent des courants divers.

Cette riche diversité trouve donc son point de rencontre, en France, au sein du CCAF qui après avoir travaillé pour la reconnaissance par la France du Génocide arménien de 1915 (Comité du 24 avril) a engrangé un certain nombre de résultats significatifs, notamment, en organisant le combat pour rappeler et obtenir un engagement des formations politiques, que la Turquie ne pouvait devenir membre de l’Union Européenne sans la reconnaissance du génocide, en mediatisant avec réussite le 90ème anniversaire et en engageant le processus législatif qui a abouti au vote, le 12 octobre dernier, de la proposition de loi portant sanction de la négation en France du génocide.

Ces actions relatives à la reconnaissance et à la lutte contre le négationnisme sont bien entendu essentielles et constituent les objectifs fondamentaux du CCAF mais il est aussi important de rappeler que la coordination et la fédération des forces vives qui oeuvrent tant pour les écoles et institutions que pour le maintien, le développement et la transmission de la mémoire, de la culture et de l’identité arméniennes, sont des axes qui sont pris en compte par les organisations au sein du CCAF, sans oublier l’importance capitale de la jeunesse, des actions sociales, humanitaires et économiques.

« Arménie, mon Amie », slogan de l’Année de l’Arménie en France, avec l’organisation de plus de 800 évènements dans une centaine de villes, partout en France, a rappelé l’amitié plus que millénaire des peuples arménien et français, la richesse de leurs relations et permis à nos concitoyens de découvrir toutes les facettes de la culture et de la civilisation arméniennes. L’implication des combattants et résistants arméniens, pendant les deux guerres mondiales a également été mise en exergue, ainsi que l’action de ceux, politiques et intellectuels français qui ont élevé la voix et marqué leur révolte face aux horreurs que subissait le peuple arménien, sur ses terres.

Les organisations arméniennes ont été très actives pendant cette Année de l’Arménie, chacune dans son domaine de compétence et le CCAF a pu d’organiser son premier dîner annuel qui sera désormais le rendez-vous institutionnel des Français d’origine arménienne avec les responsables gouvernementaux politiques, intellectuels et scientifiques qui comptent en France.

Enfin, la coordination en cours et les réunions nationales qui se tiennent régulièrement depuis un an entre les membres des Bureaux et Conseils d’Administration lyonnais, marseillais et parisien du CCAF, le retour programmé –dans des conditions à définir par une commission technique- du CRAAM au sein du CCAF, dans la région marseillaise, et la volonté de tous ceux qui veulent avancer dans l’union constituent des points d’espoir. Tout cela nous permettra de disposer d’une meilleure structuration nationale et aura pour conséquence la mise en place, à terme, d’un véritable Conseil représentatif des Arméniens et de leurs organisations. La bataille du Sénat pour le vote de la loi contre le négationnisme ainsi que tous les enjeux auxquels nous devrons faire face, ne peuvent que nous inciter, tous ensemble, à œuvrer dans ce sens.

 

Colloque économie UDF

En cliquant sur le lien ci-dessous, vous pourrez télécharger mon intervention au colloque UDF du 8 novembre 2006.

 

http://libertyvox.com/une.php

Vous trouverez ci-après le lien du site internet dans lequel l'article écrit par Alexis Govciyan le 30 juillet 2005, le lendemain de la signature par le Premier ministre turc de l'accord douanier, sur ce qu'il faudrait faire le 3 octobre prochain. Voici le lien : http://libertyvox.com/une.php

Bonne lecture et merci de diffuser cet article si toutefois vous le jugez utile.

 

POUR UNE MÉMOIRE PROGRESSIVE

Article paru dans "NOUVELLES D'ARMÉNIE MAGAZINE"
Octobre 2005

Alors que les témoins directs du génocide arménien de 1915 sont de plus en plus rares et que le processus de la reconnaissance n’est pas complètement achevé, il nous faut désormais repenser les mécanismes de maintien, de développement et surtout de transmission de notre mémoire. Il s’agit en effet de permettre notamment et surtout au peuple turc, la compréhension du passé, de l’humanité et de l’universel, pour essayer de mieux construire, tous ensemble, un avenir meilleur.

Il faudra en particulier expliquer que la vie au présent qui devient le passé aussitôt qu’elle est vécue, participe de la construction de la mémoire et peut faire comprendre à chacun, l’importance de toute action et la responsabilité qu’il a, à chaque instant, vis-à-vis de ses semblables.

Même si dans nos sociétés modernes, tout est fait pour privilégier l’instant au détriment de la durée et que c’est l’instant que l’on vit qui semble compter, il nous faudra rappeler que l’humanité ne peut exister que dans le temps et que chaque peuple qui aspire à la modernité peut et doit y prendre sa place.

N’est-il pas évident qu’une existence basée sur la seule dimension individuelle n’a pas de lecture, ni de portée et qu’il lui faut la dimension collective de la mémoire et de l’histoire ? C’est pourquoi, la revendication de mémoire reste si forte, si présente ; elle permet à chacun de se situer dans la filiation du temps. Ainsi, tous ceux qui comptaient sur l’usure du temps et l’oubli progressif comprennent enfin que les Arméniens sont plus déterminés que jamais et les 90 années passées ne changent en rien leur engagement. Le génocide doit être reconnu par la Turquie car telle est la vérité historique.

La démarche engagée devra faire comprendre que l’histoire de l’humanité est malheureusement remplie de barbaries et que cela ne semble pas près de s’arrêter. Il convient donc de mieux s’intérroger sur le devoir de mémoire et de l’aborder sous l’aspect de l’humanité et surtout dans son universalité.

S’agissant des Arméniens, on a voulu exterminer, annihiler tout un peuple, parce que ses membres avaient tout simplement le tort d’y appartenir, d’exister.

Il en est ainsi, au cours de ce 20ième siècle de progrès technologique, mais aussi de net recul en matière d’humanisme, des Arméniens, des Juifs, des Cambodgiens, des Rwandais, des Tibétains, donc de catastrophes. Medz Yeghern d’abord, Shoah ensuite et cela continue.

Il ne s’agit donc pas de je ne sais quelle obsession. Chacun d’entre nous est déjà sensibilisé par toutes ces questions et la mémoire étant le moteur de la vie, du présent comme de l’avenir, l’on essaye d’agir en êtres responsables, pour nous souvenir, pour transmettre et aussi pour mieux concevoir l’avenir.

C’est tout d’abord, la moindre des choses que nous devons à ceux qui ne sont plus.

Mais il nous faut concevoir ce devoir de mémoire comme une démarche qui est progressive et non pas comme le seul culte de la mémoire car nous serions alors dans une telle précarité et absence d’avenir que ce culte serait la seule garantie d’identité. Nous entrerions dans une sorte de communautarisme qui par essence, doit nous être étranger.

Nous Arméniens, nous devons nous considérer comme les descendants, les héritiers de toutes les injustices pour mieux les enrayer et que le « Jamais plus ça » puisse avoir un sens. Toute ouverture vers l’extérieur, toute méthode d’explication et de pédagogie sont et seront les bienvenues. En France, la mise en place de cercles franco-arméniens sera un nouveau pas en avant. De même, le travail déjà engagé avec les démocrates turcs, les nécessaires approches d’explication à l’ensemble de leur peuple, par définition plurielle, seront à consolider.

Il faudra aussi rappeler que ce devoir de mémoire historique doit pouvoir s’accompagner de celui de la réhabilitation et de la réparation à l’égard des victimes, et de leur reconnaissance.

Expliquer au peuple turc d’aujourd’hui qu’il n’est pour rien dans le génocide commis par le régime Jeune-Turc de l’empire Ottoman, mais que ses autorités actuelles se rendent complices de crime contre l’humanité parce qu’elles continuent à nier la réalité de ce génocide, devra faire partie de l’un des objectifs prioritaires que les responsables Arméniens auront à réaliser.

Même si elles l’ont déjà compris, il faudra préciser aux autorités turques que les années qui passent ne changent en rien notre détermination et que nous sommes plus engagés que jamais. Leur peuple devra appréhender cette donne et pour cela, de nouvelles approches seront à envisager et des outils modernes comme des sites internet ou de la documentation pédagogique en langue turque seront désormais à développer.

Ces démarches devront faire comprendre que les faits sont têtus. Affirmer qu’il n’existent pas n’est en rien utile dans la durée de l’histoire et de la mémoire. Le peuple turc devra accomplir, dans ce cadre, un devoir de juste regard et c’est là aussi que devra entrer en mouvement la notion de devoir de justice, afin que les responsabilités soient définies et les sépultures, enfin construites. Abraham Lincoln disait « C’est en gardant le silence lorsqu’ils devraient hurler que les hommes deviennent lâches ». Le peuple turc devra enfin comprendre que l’occultation de la vérité historique et la négation entêtée du génocide empêchent la mémoire de cicatriser et nos deux peuples de vivre en bon voisinage.

 

Condamnation UDF du négationnisme officiel mis à l'honneur en Turquie (COMMUNIQUÉ)

François ROCHEBLOINE, Député de la Loire, Président du Groupe d’Amitié France Arménie à l’Assemblée Nationale, Rudy SALLES, Député des Alpes Maritimes et Alexis GOVCIYAN, membre du Bureau Politique de l’UDF condamnent avec la plus grande fermeté la récente décision du Conseil Municipal d’Ankara de débaptiser une rue qui portera désormais le nom du Dr Yusuf Halaçoglu, Président actuel de l’Institut Turc d’Histoire et tristement célèbre pour son activisme négationniste à l’égard du génocide arménien de 1915 . « Quel paradoxe dans un pays, candidat à l’Union Européenne et devant justement respecter les règles de démocratie, de respect des droits de l’homme et notamment celui de la mémoire » soulignent-ils.

De même, « faut-il rappeler qu’en toute logique, on ne donne pas à une rue le nom d’une personne vivante ? » Mais Ankara justifie une telle décision en précisant que « Dr Halaçoglu est un homme courageux qui tient tête aux accusations arméniennes. A cet effet, dans plusieurs pays d’Europe, il a reçu des réactions. En l’honorant ainsi, on montre qu’il n’est pas seul ».

« De tels propos sont inacceptables et c’est pourquoi la France a voté une loi le 29 janvier 2001 portant sur la reconnaissance publique du génocide. Dans ce cadre, comme chacun le sait, l’implication du groupe UDF a été constante et sans faille et depuis ce vote, le groupe a préparé les textes et interventions allant dans le sens de la condamnation de la négation du génocide. Dès lors, il n’est pas acceptable que de telles attitudes négationnistes, officielles de surcroît puissent encore exister et tous les moyens doivent être mis en œuvre pour combattre ce fléau. Si tel n’était pas le cas, les valeurs européennes seraient en danger et il ne serait guère envisageable d’ouvrir des négociations avec un pays qui se permet de tels écarts à la démocratie la plus élémentaire. Ce que nous n’avons cessé de rappeler depuis fort longtemps doit enfin être entendu et des décisions courageuses devront être prises ».

 

EURO-ARMENIE ARMENITE 2005 : QUEL HORIZON ?

Texte exrait de "LA LETTRE DES EURO-ARMENIENS"
Numéro 3 - Hiver 2005

Les citoyens des pays européens membres de l'Union entrent dans une nouvelle période faite d'incertitudes et de renoncements aux valeurs et principes fondateurs de ce magnifique projet politique.

En effet, depuis le 17 décembre 2004, sans tenir compte de l'avis de leurs concitoyens et de leurs représentants, les quelques dirigeants dont notre Président de la République, ont décidé d'ouvrir les négociations avec la Turquie, en vue de son adhésion à l'Union Européenne. Il s'agit d'une responsabilité grave qui a ainsi été prise devant l'histoire puisque, comme chacun le sait, cette Turquie que nous connaissons, hélas, trop bien, ne remplit aucun des critères pour que puissent s'ouvrir de telles négociations. Les marchandages économiques et géomilitaires ont, une nouvelle fois, eu raison des valeurs européennes que sont le respect des libertés, des droits de l'homme et de l'acceptation de l'autre, de ses voisins. C'est dans ce cadre que se place la cause arménienne. Ainsi, pour les européens d'origine arménienne, mais aussi pour tous ceux et celles qui sont épris des valeurs de justice et de vérité, une nouvelle période commence. Les enjeux qui nous attendent doivent se placer dans un cadre global et concerner, sans exclusive, la sécurité et le développement de l'Arménie et du Karabakh, la reconnaissance par la Turquie du génocide arménien de 1915 et des conséquences qui en découlent, et le maintien et le développement de l'identité arménienne en diaspora. Ces questions doivent aussi être prises en compte dans le cadre des négociations avec la Turquie qui devra ouvrir sa frontière avec l'Arménie, reconnaître ce crime contre l'humanité commis en 1915, et respecter les droits de sa minorité arménienne. Si d'aventure, nos dirigeants ne prenaient pas en compte ces enjeux majeurs, nous serions là, pour le leur rappeler ; ce sera en tout cas, le sens de mon engagement à vos côtés.

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VOUS AVEZ DIT VALEURS EUROPÉENNES ?

Livre blanc Europe - Turquie : Un Enjeu Décisif !
Octobre 2004

La Grande Assemblée Nationale Turque vient d’adopter le projet de loi portant sur la réforme du Code pénal, qui a fait couler beaucoup d’encre les jours et semaines passés. Dans ce cadre, les citoyens de pays membres de l’Union Européenne ont été priés de focaliser l’ensemble des enjeux de ce Code pénal sur la seule affaire de l’adultère, alors que d’autres dispositions relatives aux libertés individuelles et à leur restriction ont bel et bien été votées .

En effet, existe dans ce nouveau texte, un article 305 qui prévoit des peines de prison, pouvant aller jusqu’à dix ans, pour les auteurs d’articles qui porteraient atteinte aux « intérêts nationaux » de la Turquie. Pour bien illustrer la portée d’une telle disposition, la loi recadre et précise les thèmes qui concerneraient ces intérêts. Relevons parmi ces fameux thèmes, des exemples d’affirmations telles que « l’armée turque doit quitter Chypre » ou bien que « le génocide arménien a effectivement eu lieu pendant la première guerre mondiale ».

Ainsi, le 25 septembre 2004, un pays candidat à l’adhésion à l’Union Européenne, n’hésite pas à piétiner les valeurs fondamentales, relatives à la liberté d’expression et considère que celle-ci est un crime, dès lors qu’elle est contre ses « intérêts nationaux ». Il s’agit bien de cela, aujourd’hui, alors que tous les regards sont tournés vers Bruxelles où la Commission devra remettre son rapport sur l’ouverture ou non des négociations d’adhésion, le 6 octobre.

Dès lors, et parce que toute cette hypocrisie n’a que trop duré, les tenants du « non, la Turquie ne peut adhérer à l’Union Européenne » n’auront plus que deux mois pour obtenir gain de cause. En cas d’échec, il y a tout lieu de craindre le début d’une dislocation de l’Union, et à terme, sans doute pas si lointain, sa destruction.

Pourrions-nous accepter, un seul instant, que ce genre de loi soit votée en France ou bien dans un autre pays membre de l’Union ? Certes, non. Pour nous, européens, il ne serait même pas possible d’imaginer une telle disposition dans le Code pénal, car il s’agit de l’individu et de sa place dans la société. C’est tout le contraire qui se passe en France -bien heureusement-, parce que le législateur a plutôt souhaité réprimer des propos relatifs à la négation de crimes contre l’humanité, et par conséquent de la vérité.

Peut-on changer la Turquie ?

Il y a un vrai problème sur les libertés individuelles et collectives en Turquie.

Les écarts sont donc beaucoup trop importants entre nos deux mondes et il serait illusoire, voire même naïf de penser que les choses pourront rapidement s’arranger. Il n’est pas possible de changer, en quelques années, voire décennies, les gens, les peuples, les cultures et essayer de les contraindre à être modernes, ouverts, en un mot progressifs, si eux-mêmes ne le souhaitent pas, ou bien s’ils n’y sont pas prêts.

Dans le cas de la Turquie, nous, européens, sommes devant cette problématique. Nous souhaitons absolument que ses citoyens se transforment, respectent l’individu, la femme en tant qu’être humain, et considèrent qu’il y a autre chose que le fait d’être ce qu’ils sont.

Pendant ce temps, tout en nous assurant de leur volonté d’ouverture, les gouvernants du régime national-islamiste de la Turquie, continuent à rechercher les voies les plus rapides de l’adhésion, pour leur permettre à la fois, de l’oxygène économique, mais aussi et surtout de l’oxygène politique vis-à-vis de l’armée kémaliste.

C’est de tout cela qu’il s’agit lorsqu’on évoque l’ouverture ou non des négociations.

Que devient le projet européen ?

A ce stade de la réflexion, il convient de rappeler que cette démarche, si elle est adoptée, ne peut que changer, modifier profondément le projet politique européen qui est basé jusqu’à aujourd’hui sur le partage de souveraineté, dans la mesure où il s’agit de pays ayant en commun une identité politique, et la volonté d’aller ensemble lorsqu’il s’agit de valeurs ou de démarches communes.

Comment partager cette souveraineté, un jour, avec un pays tel que la Turquie qui n’a pas de culture, ni d’identité européenne –la question de la liberté d’expression en est un exemple- et qui de surcroît, a des liens extrêmement étroits avec les Etats-Unis dont il dépend ?

Il est bien évident que les tenants du « oui » peuvent rétorquer en rappelant qu’ils connaissent des Turcs très ouverts, très modernes, très sympathiques et qu’il n’y a pas lieu de généraliser. Certes, la société turque n’est pas monolithique et plusieurs façons d’aborder la vie se rencontrent, se conjuguent et s’exercent.

De même, dans le centre d’Istanbul, il peut y avoir une jeunesse qui ferait pâlir d’envie les plus avancés de nos adolescents, tant par sa connaissance de l’Europe que par sa manière de vivre. Malheureusement Istanbul n’est pas la Turquie et dans sa très grande majorité, ce pays vit avec d’autres mœurs, d’autres approches culturelles, en un mot, avec une autre mentalité.

Que deviennent les valeurs européennes ?

Le respect des droits de l’homme, la libre circulation des personnes et des biens, le partage de souveraineté, la mise en commun des moyens politiques, sociaux et économiques peuvent constituer le socle de ces fameuses valeurs européennes que nous partageons avec les autres pays membres.

Là encore, il y aura tout lieu de craindre une incompatibilité identitaire entre les pays de l’Union Européenne et la Turquie et par conséquent, la fin des valeurs européennes.

Comment ces valeurs sont-elles considérées, comment sont-elles traitées en Turquie ?

Le débat vient de surgir, par exemple sur la torture, avec le récent rapport de « Human Rights Watch ». Dans les prisons, la pratique de la torture est courante, et les tentatives d’interdiction avec des textes législatifs ou bien des coups de menton ne peuvent rien y changer. Dans les geôles turques, c’est comme cela. Les prisonniers doivent être torturés, malmenés, comme dans les couples, en Anatolie surtout, les femmes doivent être frappées, punies, et parfois même assassinées.

C’est une question de mentalité, d’approche culturelle de la société, et il serait dangereux de croire, et de faire croire que cela peut changer en dix ans. Voilà, le terme est lâché par les gouvernants qui nous assurent qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter puisqu’il faut à la Turquie, de dix à quinze ans pour être prête à l’adhésion.

Le quotidien « Le Monde » titre même que « la Turquie pourrait entrer dans l’Europe en 2015 ». Apparemment dit-il, « il n’y a pas d’argent dans les caisses avant 2014 ».

Aléas du calendrier, il s’agira du centième anniversaire du génocide arménien, perpétré en 1915, par la Turquie, appelée alors Empire ottoman.

N’est-il pas choquant de constater que l’on parle d’intégrer un pays, qui aujourd’hui encore nie la réalité de ce génocide, pire, rend passibles de peines de prison tous ceux qui oseraient écrire à son sujet ? N’est-il pas inadmissible que les martyrs de ce génocide ne disposent toujours pas de sépulture morale ?

Là encore la Turquie n’a rien à voir avec le modèle européen où l’Allemagne – le Chancelier Willy Brandt s’agenouillant à Auschwitz- ou bien la France –le Président Jacques Chirac Chirac au Vel d’hiv- ont donné l’exemple de la reconnaissance par rapport à la Shoah. La Turquie devrait être depuis longtemps, si elle avait une vocation européenne, dans une logique de reconnaissance du génocide, et de réparation de ses conséquences catastrophiques. Tel n’est pas le cas.

Dès lors, comment est-il possible de penser que pour le reste, les choses peuvent changer ?

Parlant des droits de l’homme, la liberté d’expression, la torture, la situation des femmes sont telles que décrites. A cela, il faut ajouter la question particulière des minorités, notamment chrétiennes, la situation des kurdes qui vivent encore aujourd’hui un véritable calvaire, et des 10 000 prisonniers politiques qui ont le tort de dire ce qu’ils pensent et qui n’intéressent manifestement pas beaucoup, ceux qui sont chargés d’examiner la candidature turque.

Enfin, la partie grecque de Chypre, pourtant membre de l‘Union Européenne, n’est toujours pas reconnue par la Turquie qui occupe illégalement le nord de l’île.

De la même façon, les données socio-économiques sont à prendre en considération. A elle seule, la Turquie compte actuellement plus d’habitants que les dix pays qui ont intégré l’Europe, le 1er mai dernier. En cas d’adhésion, elle deviendra l’Etat le plus peuplé de l’Union, et par conséquent, la première force au Conseil européen puisque la Constitution prévoit que le nombre de voix est proportionnel à la population.

Quid du projet politique de l’Europe ? Où seront prises les décisions ? A Strasbourg et Bruxelles ou bien à Washington et Ankara ? Sommes-nous obligés d’aller sur ce terrain glissant où il y a tout à perdre ? Certes, non !

Arguments pour dire « non » !

Incompatibilité culturelle, inadéquation politique et identitaire. Telles sont les raisons d’un « non à l’adhésion à l’Union » car les risques sont trop grands, pour nous, européens.

Il convient donc de se ressaisir et d’exiger de nos dirigeants politiques de reconsidérer cette situation de fuite en avant dans laquelle ils nous ont mis. A force de donner des échéances et de les reporter de terme en terme, la question de l’examen de la candidature à l’adhésion de la Turquie est à nos portes. Il faut, aujourd’hui, être enfin courageux et prendre position, sinon les fameuses valeurs européennes auront vécu.

Les arguments politiques pour repousser la candidature turque et la replacer dans son cadre sont multiples : non-respect des droits de l’homme, problèmes des minorités ; la question kurde ; l’occupation illégale du Chypre-Nord.

En résumé, tout ce que la Résolution du Parlement Européen du 18 juin 1987 considérait comme des préalables à tout examen de l’adhésion.

Pourtant, force est de constater que dix-sept ans après rien n’a changé en Turquie, et c’est pourquoi, penser que tout ira bien d’ici dix ans paraît pour le moins incongru.

Un autre argument politique, majeur, concerne les relations actuelles de la Turquie avec l’Arménie et plus exactement le blocus terrestre, tant économique qu’énergétique, exercé depuis 1992 sur cette jeune république.

Les valeurs européennes concernant la libre circulation des personnes et des biens sont, là encore, véritablement mises à mal par l’attitude de la Turquie qui maintient ses frontières fermées, empêchant toute circulation.

Par conséquent, il n’existe pas de relations diplomatiques, malgré la bonne volonté de l’Arménie. Les Turcs et les Arméniens sont obligés de contourner leurs propres frontières et enfin, le trafic clandestin, surtout vers l’Arménie devient pratique courante.

Peut-on imaginer qu’en Europe, un pays membre de l’Union ferme ses frontières avec ses voisins ? C’est pourtant ce qui se passe, aujourd’hui, et depuis plusieurs années déjà avec l’Arménie, sans qu’il y ait une quelconque avancée. Après le seul mur, alors que celui de Berlin est tombé (Nicosie coupée en deux), la Turquie aura réussi l’exploit du seul blocus.

Cette situation n’est pas tolérable et nos dirigeants doivent exiger que les frontières s’ouvrent et que les relations se normalisent. Le peuple arménien souhaite vivre chez lui, en paix.

Le Ministre Arménien des Affaires étrangères, Vartan Oskanian le dit dans le dernier numéro de « Politique Internationale » : « …Nous ne posons aucun préalable à son ouverture, pour une bonne raison : de notre côté, la frontière est ouverte. Elle n’est fermée que du côté turc. » . Le blocus, tel qu’exercé par la Turquie est donc une menace pour sa sécurité et pour son devenir.

Que faire, ici et maintenant ?

L’Europe aborde, aujourd’hui, une étape cruciale de son existence. S’agit-il de projet politique ou bien de marché ? De politique au sens noble du terme, ou bien de realpolitik ? Doit-il y avoir, comme nous le souhaitons, une Europe fédérale, puissante et autonome, dotée des moyens nécessaires, ou bien une Europe dépendant de l’OTAN ?

Doit-on avoir une Europe qui a ses limites géographiques, avec des pays ayant en commun une histoire, des valeurs et des racines, ou bien une organisation sans limite géographique, pouvant et devant intégrer, si cela était le cas, des pays comme le Maroc ou Israël ?

La défense des valeurs européennes, de l’identité forgée au cours de millénaires et de la conception du projet politique européen doit donc être de mise, et chacun doit s’y consacrer sans tarder, car il ne reste plus que deux mois pour éviter le choc des deux mondes, des deux civilisations.

La démocratie est devenue réalité dans nos pays après plusieurs siècles de luttes et d’avancées politiques. Aujourd’hui, il est normal d’affirmer que la France est un pays démocratique et en ce sens son peuple est garant de son destin.

Pourtant, depuis une quarantaine d’années, les dirigeants ont pris des décisions concernant la Turquie sans consulter le peuple français, qui à l’approche de l’échéance fatidique a fait savoir son désaccord, à l’instarpar ailleurs, de tous les peuples d’Europe.

C’est pourquoi, le Président de la République Française ne peut plus décider, seul, de la vocation européenne de la Turquie. Un débat démocratique doit avoir lieu et le peuple français doit dire clairement son souhait en la matière.

A défaut d’un référendum, il faudrait pour le moins que le Parlement soit immédiatement saisi de ce débat et que les deux assemblées puissent se prononcer sur l’opportunité ou non d’ouvrir les négociations d’adhésion avec la Turquie. Sans cela, l’Europe serait finie avant même d’avoir véritablement commencé. Chacun le pense en son for intérieur, sans oser l’affirmer. L’Europe ne pourra pas changer la Turquie, mais la Turquie changera, à coup sûr, l’Europe.

Vous avez dit valeurs européennes ? Alors, agissez s’il vous plaît !

 

ACCEPTER LA TURQUIE RISQUERAIT DE DÉNATURER L'UNION

Nouvelles d'Arménie
Mai 2004

L’affirmation générale qu’il y a bien eu, en 1915, un génocide du peuple arménien et par conséquent, sa reconnaissance officielle font partie depuis bien longtemps des préoccupations du Parlement Européen.

Celui-ci a d’ailleurs pris, le 18 juin 1987, une position historique à l’occasion d’une résolution générale, toujours en vigueur, relative à la candidature de la Turquie.

Plusieurs préalables dont la reconnaissance par l’Etat Turc du génocide arménien de 1915 ont été, à cet effet, très précisément définis.

Aujourd’hui, cette nécessité de reconnaissance s’ajoute à d’autres critères dont ceux dits de Copenhague qui s’appliquent à tous pays candidats.

Le Parlement Européen rappelle d’ailleurs régulièrement ces mêmes positions lors des séances d’examen et de vote des rapports sur l’état de préparation de la Turquie, notamment pour ce qui concerne les droits de l’homme et la place des minorités.

Dans ce cadre, il est très aisément concevable que la communauté arménienne et ses très nombreux amis portent, partout en Europe, et plus généralement dans tous les pays du monde, un attachement viscéral à la reconnaissance d’un génocide atroce, fondateur des catastrophes du vingtième siècle.

C’est pourquoi, l’UDF à laquelle j’ai l’honneur d’appartenir a toujours appuyé cette demande légitime, notamment en faisant inscrire le18 janvier 2001, à l’Assemblée Nationale le vote en deuxième lecture de la loi portant sur la reconnaissance par la France du génocide arménien de 1915. Il s’agit pour nous d’une question universelle qui peut et doit interpeller chacun de nos concitoyens.

Toutefois la reconnaissance du génocide par l’Etat Turc et l’idée même de l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne devraient, me semble-t-il être considérées comme deux choses relativement distinctes.

D’une part, à l’instar de l’Allemagne pour la Shoah et de la France pour les responsabilités du gouvernement de Vichy, la Turquie s’honorerait d’assumer son histoire quelque soit le traitement qui serait fait de sa candidature à l’Union.

En effet, les pays qui n’assument pas les pages noires de leur passé ne peuvent construire un avenir basé sur des principes républicains de démocratie, de justice et de respect de tous, et comme chacun le sait, cela constitue le socle des valeurs qui doivent être partagées par tous les pays européens.

D’autre part cette reconnaissance, si toutefois elle devait intervenir, ne saurait à elle seule justifier l’éventualité d’une adhésion.

Celle-ci devra dépendre aussi bien de critères objectifs sur la base principale de ce qui a été défini, en 1999 à Copenhague (la Commission Européenne doit rendre en fin d’année un rapport à ce sujet) mais aussi et surtout de critères politiques d’opportunité.

Pour sa part, l’UDF a toujours eu sur ce sujet une position constante et estime, qu’en l’état, il est inopportun d’accepter la candidature de la Turquie dans la mesure où son entrée ferait courir un vrai risque de dénaturation de l’Union. Il faudra d’abord essayer de « digérer » les 10 et bientôt 12 pays entrants et pour cela, adopter et mettre en œuvre les nouvelles règles institutionnelles et notamment une nouvelle constitution.

Néanmoins, nous avons l’échéance de décembre 2004, c’est-à-dire le rapport que doit rendre la Commission Européenne sur ce sujet. Précisons que ce rapport n’a pas pour but d’accepter ou non la candidature mais simplement de faire un point d’étape et de constater si la Turquie est en mesure d’espérer pouvoir, un jour, présenter officiellement sa candidature sur la base des seuls critères dits de Copenhague.

Il est temps que l’Union Européenne ait une position claire vis-à-vis de la Turquie et de son peuple et fasse des propositions sérieuses de travail et de défense de nos intérêts communs, hors hypothèse d’une adhésion de plein exercice.

« Moins que l’adhésion, plus que l’association », telle est la position que nous défendons.

Il s’agira d’aller vers cette nouvelle solution, et chacun devra se déterminer, en fonction de choix et de critères bien identifiés et il faudra que les responsables politiques fassent preuve d’une véritable détermination.

Pour cela, chacun doit envoyer des signes clairs à l’autre et en ce sens la reconnaissance du génocide arménien de 1915 serait, de la part de l’Etat Turc, un signe majeur de bonne volonté, d’ouverture d’esprit et de maturité politique.

 

POUR UNE MEMOIRE RESPECTEUSE DE NOTRE HISTOIRE

Edito du site
20 janvier 2004

Pour savoir où nous allons, n'est-il pas nécessaire de bien savoir d'où nous venons ?

Alors que la construction européenne a intégré notre vie quotidienne, qu'elle s'intensifie et agrandit son territoire, est-il utile de ne pas oublier pour mieux réussir l'avenir ?

En constituant l'Europe de la Mémoire, des femmes et des hommes, responsables de grandes organisations issues de nombre de pays de notre continent, ont décidé de répondre positivement à ces deux questions. Ils se sont unis au sein d'une structure associative pour engager la bataille de la mémoire, afin d'œuvrer au commencement du 21 ème siècle, à l'édification d'un monde moins brutal, plus généreux.

L'Europe de la Mémoire s'est fixée comme base de travail la période 1915/1945. Elle commence avec le génocide arménien et s'achève avec la Shoah.

Il est impératif que cette époque terrible, marquée par deux conflits mondiaux, les plus meurtriers de l'histoire, soit bien connue de tous, qu'elle ne soit pas réduite à quelques pages ou quelques lignes dans les livres. Il est indispensable que ces terribles événements soient maintenus dans leur réalité, afin de combattre les dangers du négationnisme et de restituer aux nouvelles générations les enseignements d'une histoire qui est encore la nôtre et celle de nos parents.

Il y a encore aujourd'hui des tentatives de négation systématique, soit par un Etat, la Turquie, pour le génocide arménien, soit par des groupes d'individus dangereux, au service d'intérêts extrémistes et antisémites, pour la Shoah. Ce n'est pas tolérable.

C'est pourquoi l'Europe de la Mémoire a pour objectif de transmettre et développer les enseignements de l'histoire, en livrant la bataille de l'alerte et de la vigilance, pour que chacun soit sur ses gardes et prêt à donner l'alarme, lorsque surgit la négation, lorsque tente de revenir la bête immonde.

Avec nos partenaires et tous nos membres actifs, nous travaillons pour que la Mémoire soit respectueuse de l'histoire et des souffrances des Européens du XXe siècle. Pour que le nouveau siècle soit celui de la fraternité entre les hommes et les peuples.